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PREMIÈRE GUERRE DU GOLFE : UN CONFLIT QUI A BOUSCULÉ LES ÉQUILIBRES DU POUVOIR HABRÉ

Par Dr. Abbas Abakar Abbas

Le 2 août 1990, le monde est réveillé par un événement majeur : l’armée irakienne de Saddam Hussein envahit le Koweït, un petit État riche en pétrole du Golfe. Cette décision, motivée par des tensions économiques, territoriales et politiques entre Bagdad et Koweït City, provoque une crise internationale sans précédent depuis la fin de la guerre froide.
L’Irak, qui sortait affaibli de 8 années de guerre contre l’Iran (1980-1988), reprochait notamment au Koweït d’avoir augmenté sa production pétrolière et de contribuer à la baisse des prix du pétrole. Saddam Hussein accusait également son voisin de contester des frontières héritées de l’époque coloniale. Le 2 août 1990, les forces irakiennes prennent rapidement le contrôle du Koweït, provoquant une condamnation internationale unanime. Sous l’autorité des Nations unies, une vaste coalition militaire dirigée par les États-Unis est formée. Plusieurs pays arabes, européens et africains y participent. Après plusieurs mois de déploiement militaire, l’opération « Tempête du désert » est lancée en janvier 1991. En quelques semaines, l’armée irakienne est vaincue et contrainte de se retirer du Koweït. Au-delà du conflit militaire, la guerre du Golfe bouleverse profondément les rapports de force internationaux. Les alliances se recomposent, notamment en Afrique, où plusieurs régimes sont directement ou indirectement touchés par cette nouvelle donne géopolitique.
Le Tchad dans le jeu des grandes puissances
À cette époque, le Tchad est dirigé par Hisseine Habré, arrivé au pouvoir en juin 1982 après avoir renversé le gouvernement de Goukouni Weddeye avec l’appui de certains partenaires étrangers. Son régime est alors un allié stratégique de la France et des États-Unis dans la lutte contre l’influence libyenne dans la région.
Depuis les années 1980, le conflit tchado-libyen oppose N’Djamena à Tripoli. Mouammar Kadhafi soutient des mouvements opposés à Hisseine Habré et revendique une influence sur le nord du Tchad. Les États-Unis voient alors le gouvernement tchadien comme un rempart contre l’expansion libyenne, considérée à Washington comme proche de l’Union soviétique (URSS) durant la guerre froide.
La victoire militaire tchadienne contre les forces libyennes lors de la « guerre des Toyota » en 1987 renforce l’image d’Hisseine Habré comme un partenaire efficace des occidentaux. Mais son pouvoir est également critiqué pour son autoritarisme, les violations des droits humains et l’absence d’ouverture politique.
Le vent de la démocratisation et l’isolement progressif d’Hisseine Habré
À la fin des années 1980, le contexte international change. Le sommet franco-africain de la Baule (France), en juin 1990, marque une nouvelle orientation de la politique française en Afrique : Paris encourage officiellement les États africains à avancer vers davantage de démocratie et de pluralisme politique.
Cette évolution fragilise les régimes autoritaires alliés de longue date à la France. Au Tchad, Hisseine Habré se retrouve confronté à une opposition grandissante, notamment celle du Mouvement Patriotique du Salut (MPS) dirigé par Idriss Déby, ancien Chef militaire du régime Habré.
La crise du Golfe de 1990 intervient dans cette période de transition. Les États-Unis, engagés dans la construction d’une large coalition internationale contre l’Irak de Saddam Hussein, doivent composer avec leurs partenaires européens, certains pays arabes, africains…
La priorité américaine devient alors la stabilité de la coalition anti-irakienne et la gestion de ses alliances dans le monde arabe.
Dans ce nouveau contexte, le soutien occidental à Hisseine Habré perd progressivement de son importance stratégique. Le Tchad n’est plus au centre des grandes préoccupations internationales comme il l’était pendant la confrontation avec la Libye.
La chute d’Habré et l’arrivée d’Idriss Déby
En date du 1er décembre 1990, les forces du MPS dirigées par Idriss Déby entrent à N’Djamena et renversent Hisseine Habré, qui se réfugie pour un laps du temps au Cameroun, puis au Sénégal. Cette prise de pouvoir intervient dans un contexte régional favorable au mouvement rebelle, notamment après des changements dans les relations entre la France, le Soudan et la Libye.
Le rôle exact des puissances étrangères dans cette transition reste un sujet de débat historique. Il est établi que la France a accepté le changement de régime et qu’elle a entretenu des relations avec les nouvelles autorités tchadiennes. La Libye, après des années d’affrontement avec Hisseine Habré, avait également intérêt à voir disparaître un adversaire majeur. Le Soudan, qui accueillait des forces opposées au régime de N’Djamena, a aussi joué un rôle dans l’environnement régional.
Ainsi, même si la guerre du Golfe n’est pas la cause directe de la chute d’Hisseine Habré, elle constitue un élément important du contexte international qui a contribué à modifier les priorités des grandes puissances et à affaiblir certains anciens alliés de la période de la guerre froide.
Une crise mondiale aux conséquences africaines
L’invasion du Koweït par Saddam Hussein a donc eu des conséquences bien au-delà du Moyen-Orient. Elle a accéléré la transformation de l’ordre international après la guerre froide et a influencé les stratégies des puissances étrangères en Afrique. Au Tchad, l’année 1990 apparaît comme un moment charnière : la fin de la confrontation Est/Ouest, la nouvelle politique africaine de la France et les bouleversements liés à la guerre du Golfe ont contribué à créer les conditions du changement politique. L’histoire montre ainsi que les crises internationales, même éloignées géographiquement, peuvent profondément modifier les politiques des États.              Image: Wikimedia Commons

Abbas Abakar Abbas
Abbas Abakar Abbashttp://www.lanationtchad.com
La Nation.Tchad, est un journal en ligne d'informations générales et d'analyses d'actualités nationales (Tchad) et internationales, qui a pour ligne éditoriale la prévention et la lutte contre l’extrémisme violent, ainsi qu'une vie de paix dans les pays du Bassin du Lac-Tchad et du Sahel: œuvrer pour un changement de mentalité positive de la population
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