La date du 28 novembre 2025 restera historique. Le Tchad s’est officiellement proclamé République, en cette même date en 1958, 67 ans marquant ainsi une étape majeure dans la consolidation de l’État et de l’unité nationale. Cette proclamation se veut le symbole d’un renouveau politique, fondé sur les valeurs d’égalité, de citoyenneté et de justice.
Pourtant, derrière l’euphorie de ce moment solennel, une réalité demeure : les tensions communautaires, les replis identitaires et les dynamiques claniques continuent de fragiliser le socle républicain.
Dans ses interventions, le Président de la République rappelle à cette occasion, que le nouveau Tchad doit s’ouvrir à tous les tchadiens. Il appartient à tous ses fils, sans distinction d’ethnie, de région ou de région. Les valeurs républicaines, l’égalité devant la loi, l’intérêt général, la neutralité de l’État, la citoyenneté…ont été au cœur de toute œuvre républicaine.
Mais la construction de cette République ne se fera pas par les discours seulement. Elle dépendra de la capacité du pays à surmonter des divisions anciennes, profondément enracinées dans la vie politique, administrative et sociale.
Depuis des décennies, l’organisation sociale du Tchad reste structurée autour des appartenances ethniques, tribales ou régionales, … Si ces identités font partie de la richesse du pays, leur instrumentalisation politique représente une menace constante pour l’idéal républicain.
Les effets tribaux dans les agissements mettent à mal le sens de la forme républicaine avec des tendances sur des réactions contrastées : méfiance dans certaines communautés qui craignent une marginalisation; euphorie prudente dans d’autres, espérant un rééquilibrage des actions sociales.
Cette forme de fragmentation nourrit une situation de concurrence identitaire, où chaque groupe revendique une place privilégiée, au détriment de la citoyenneté égalitaire prônée par la République.
L’un des défis majeurs réside dans la capacité de l’État républicain à résister aux pressions communautaires.
La République repose sur un principe central : l’intérêt général doit primer sur les intérêts particuliers. Or, la montée des revendications identitaires met à l’épreuve.
Certains analystes estiment même que le Tchad vit un paradoxe : plus l’on affirme la République, plus les réflexes communautaires s’expriment, par crainte d’exclusion ou par recherche d’avantages.
Cependant, la proclamation du 28 novembre 2025 peut aussi être vue comme une opportunité unique. Une occasion de construire une nouvelle culture politique dans laquelle : la citoyenneté transcendrait les identités ethniques; les institutions républicaines seraient réellement impartiales, les jeunes trouveraient une place grâce au mérite, la cohabitation pacifique deviendrait une norme sociale.
Pour cela, il faudra un engagement fort de l’État, des leaders communautaires, des partis politiques, de la société civile et des médias.
La République du Tchad est désormais proclamée. Le pays dispose d’un cadre institutionnel renouvelé, d’une vision et d’un discours orientés vers l’unité.
Mais le véritable défi commence maintenant : faire passer les valeurs républicaines de la théorie à la pratique.
Abbas Abakar Abbas

