Dans un pays comme le Tchad, où une grande partie de la population vit en milieu rural, l’agriculture ne constitue pas seulement un secteur économique parmi d’autres : elle est le socle même de la survie, de la stabilité sociale et des perspectives de développement. Longtemps reléguée au second plan face aux revenus pétroliers, elle revient aujourd’hui au cœur des priorités nationales.
L’agriculture tchadienne emploie près de 70 à 80 % de la population active, mais sa contribution au produit intérieur brut reste en deçà de son potentiel réel. Cette contradiction illustre un paradoxe : un secteur vital, mais peu modernisé. Cultures vivrières (mil, sorgho, maïs) et cultures de rente comme le coton dominent, souvent dans des systèmes traditionnels dépendants des aléas climatiques.
Pourtant, le Tchad dispose d’atouts considérables : vastes terres arables, diversité climatique du sud au nord, et une main-d’œuvre abondante. L’enjeu réside donc moins dans les ressources que dans leur valorisation.
Dans un contexte marqué par les effets du changement climatique et l’irrégularité des pluies, l’agriculture devient une question de sécurité nationale. Les périodes de sécheresse, les inondations et la dégradation des sols fragilisent les productions et exposent des millions de Tchadiens à l’insécurité alimentaire.
Investir dans l’irrigation, les semences améliorées et les infrastructures rurales n’est plus une option, mais une nécessité. Une agriculture renforcée permettrait non seulement de nourrir la population, mais aussi de réduire la dépendance aux importations alimentaires, souvent coûteuses.
Au-delà de la production, l’agriculture joue un rôle social déterminant. Elle constitue la principale source de revenus pour les ménages ruraux. Son développement peut ainsi freiner l’exode vers les centres urbains comme N’Djamena, souvent confrontés à une pression démographique croissante et à un chômage élevé.
La modernisation du secteur, notamment à travers la mécanisation et la transformation locale des produits agricoles, pourrait générer des emplois et structurer de véritables chaînes de valeur. De la production à la commercialisation, c’est toute une économie qui peut émerger.
Dans un contexte de volatilité des prix du pétrole, dont dépend fortement l’économie tchadienne, l’agriculture apparaît comme une alternative crédible pour diversifier les sources de revenus du pays. Le développement de filières comme l’élevage, l’arachide, le sésame ou encore la gomme arabique offre des perspectives d’exportation prometteuses.
Miser sur l’agriculture, c’est aussi renforcer la résilience économique du Tchad face aux chocs extérieurs.
L’enjeu aujourd’hui est clair : passer d’une agriculture de subsistance à une agriculture productive, moderne et compétitive. Cela suppose des politiques publiques ambitieuses, un accès facilité au financement pour les agriculteurs, ainsi qu’un accompagnement technique renforcé.
L’agriculture tchadienne ne manque ni de potentiel ni de pertinence. Elle est placée au centre d’une vision stratégique du gouvernement. Au Tchad, plus qu’ailleurs, cultiver la terre revient à cultiver l’avenir.
Dr. Abbas Abakar Abbas

